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L’IA peut-elle réellement soutenir l’ACV et l’écoconception sans remettre en cause la confiance ?

Anish Koyamparambath

L’intelligence artificielle (IA) fait aujourd’hui son entrée dans l’analyse du cycle de vie (ACV) et l’écoconception pour la même raison que dans de nombreux autres domaines techniques : une part trop importante du temps est encore consacrée à des tâches répétitives. La collecte de données, le tri documentaire, la structuration et la mise en correspondance des jeux de données, les contrôles de cohérence, l’analyse des hotspots pour l’écoconception ou encore la rédaction des livrables mobilisent souvent l’essentiel des délais de projet, même lorsque les choix de modélisation sont clairement établis.

Parallèlement, les réglementations et les marchés exigent des résultats environnementaux plus nombreux, plus rapides et dans des formats plus facilement réutilisables. La dynamique engagée autour de l’Environmental Footprint (EF) 4.0, avec l’exigence de données de fond structurées et lisibles par machine, constitue un signal fort de cette évolution.

Pendant longtemps, les principales contraintes de production des ACV étaient internes : méthodes, outils, disponibilité de l’expertise. Aujourd’hui, la pression est également externe. Les entreprises sont sollicitées pour fournir des résultats d’ACV plus tôt dans le processus de développement produit, dans des délais plus courts, et souvent comme condition d’accès aux marchés ou de réponse à des appels d’offres.

C’est précisément dans ce contexte que l’IA trouve sa pertinence : non pas comme un « calculateur boîte noire », mais comme un levier de réduction des frictions dans les chaînes de travail.

Ce qui fonctionne aujourd’hui

L’état de l’art actuel ne montre pas une « IA qui réalise l’ACV ». Il montre une IA qui assiste certaines étapes ciblées du processus ACV, sous un contrôle méthodologique explicite et avec une validation humaine systématique.

La littérature scientifique récente identifie de manière convergente les données d’inventaire du cycle de vie et leur structuration comme le principal goulot d’étranglement que l’IA peut traiter de façon réaliste. Les méthodes d’apprentissage automatique et les grands modèles de langage sont de plus en plus mobilisés pour extraire et structurer des paramètres pertinents à partir de publications scientifiques, de documents techniques et de bases de données. Elles permettent de réduire les efforts de tri manuel et d’améliorer la couverture des données (Hairong Wang, 2025; Zhang et al., 2021 ; Nwagwu et al., 2025).

Ces approches sont généralement mises en œuvre via des chaînes de traitement dites « retrieval-augmented », qui préservent la traçabilité vers les sources d’origine et évitent la génération directe de valeurs d’impact. Leur apport principal réside dans la pré-structuration des données d’entrée destinées à la modélisation, tout en nécessitant une validation experte de leur pertinence, des frontières de système et de la représentativité (Zhang et al., 2021 ; Kumar et al., 2025).

En parallèle, plusieurs travaux démontrent l’utilisation de modèles d’apprentissage supervisé pour estimer des impacts environnementaux lorsque l’espace de modélisation est stabilisé, notamment pour les produits de construction et les biens de consommation. Ces modèles, entraînés sur des jeux de données ACV existants, visent à fournir des ordres de grandeur pour des variantes produit et constituent des outils d’aide à la décision en phase amont de conception, plutôt que des substituts à des études complètes, compte tenu de leur sensibilité à la qualité des données d’apprentissage (Koyamparambath et al., 2022 ; Baehr et al., 2024).

Du point de vue des praticiens, les travaux de GreenDelta illustrent que l’IA est principalement intégrée dans les processus de mise à l’échelle des bases de données et de gestion de la qualité, notamment à travers le concept de MSDB, centré sur l’harmonisation, la validation et la comparabilité des jeux de données (GreenDelta, 2025a). Des études de validation montrent par ailleurs que les valeurs générées par l’IA peuvent s’écarter significativement des jeux de données de référence pour certains paramètres, confirmant la nécessité de contrôles systématiques et d’une supervision experte dès lors que l’IA contribue à la génération ou à la sélection de données ACV (GreenDelta, 2025b).

Anish Koyamparambath, WeLOOP

Pourquoi les progrès semblent lents en ACV

L’adoption de l’IA progresse plus rapidement dans l’ingénierie et les fonctions métiers que dans le domaine de l’ACV. Trois freins majeurs expliquent cette situation.

1. Risques liés à la certification et à la vérification

De nombreux résultats d’ACV sont utilisés dans des contextes vérifiés, tels que les déclarations environnementales de produits (EPD), les Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire (FDES) ou les appels d’offres. Les équipes craignent donc que l’usage de l’IA complique les processus de vérification. Cette préoccupation peut être levée lorsque les chaînes de travail sont conçues de manière à ce que :

  • l’IA propose et extrait, sans jamais décider ;
  • chaque valeur extraite reste reliée à sa source ;
  • chaque choix de modélisation demeure explicite ;
  • des contrôles comparent les résultats à des plages connues et à des produits comparables.

2. Données fragmentées et non standardisées

Même les meilleures IA ne peuvent compenser l’absence de données primaires. Lorsqu’elles existent, les données sont souvent dispersées entre PDF, tableurs et nomenclatures hétérogènes. L’IA peut apporter une aide significative, mais son efficacité est maximale lorsque les secteurs adoptent des formats structurés et lisibles par machine.

3. Manque de référentiels pour l’ACV assistée par IA

La communauté ne dispose pas encore de benchmarks partagés permettant de comparer, entre secteurs, des chaînes de travail assistées par IA aux pratiques conventionnelles, avec des métriques d’erreur claires et des standards de documentation. Tant que ces références ne seront pas stabilisées, l’adoption restera prudente.

Quelles évolutions à venir ?

L’ACV deviendra plus continue

Mises à jour fréquentes, comparaisons de variantes, réponses plus rapides aux sollicitations commerciales et aux appels d’offres. Le modèle d’une « ACV toutes les quelques années » n’est plus en phase avec la réalité des marchés.

L’usage de l’IA évoluera d’outils conversationnels isolés vers des chaînes de travail orientées tâches

Extraction, structuration, mise en correspondance, contrôles, pré-rédaction des résultats, avec des points de passage clairs pour la validation experte… Cette évolution est déterminante pour maintenir la confiance : l’effort diminue grâce à l’automatisation, mais la crédibilité est préservée car les choix de modélisation, les sources de données et les contrôles restent explicites et auditables.

Ces tendances convergent vers un constat clair : l’IA peut réduire significativement l’effort nécessaire à la production de résultats d’ACV, à condition d’être intégrée dans des chaînes de travail maîtrisées, fondées sur la traçabilité et la supervision humaine. C’est cet équilibre, plus que l’automatisation seule, qui déterminera si l’IA renforce ou affaiblit la confiance dans l’ACV.

Notre approche chez WeLOOP

Chez WeLOOP, notre position est simple : utiliser l’IA pour assister les praticiens, et non pour remplacer la modélisation.

Concrètement, nous développons des chaînes de travail visant à réduire le temps consacré aux tâches répétitives, à maintenir la traçabilité et l’explicitation des hypothèses, et à préparer les organisations à l’intensification des exigences de reporting et aux évaluations environnementales à grande échelle, notamment dans le cadre de la transition vers des données structurées.

Une application récente a consisté à analyser des anomalies et à en identifier les causes dans une base de données EPD de grande taille, en combinant IA et analyses statistiques. Un travail qui aurait nécessité plusieurs semaines en traitement manuel a pu être réalisé en quelques heures, avant validation experte des anomalies détectées.

Nous partageons régulièrement nos avancées lors de conférences nationales et internationales, à travers des travaux de R&D appliquée et des publications scientifiques, car la confiance se construit lorsque les méthodes sont ouvertes à l’examen.

Si vous explorez des usages responsables de l’IA en ACV (EPD, FDES, empreinte produit, bases de données ou outils internes), nous pouvons vous accompagner pour définir ce qui peut être automatisé en toute sécurité, ce qui doit rester sous contrôle expert, et comment concevoir une chaîne de travail qui demeure pleinement auditable.

Baehr, J., Koyamparambath, A., Dos Reis, E., Weyand, S., Binnig, C., Schebek, L., & Sonnemann, G. (2024). Predicting product life cycle environmental impacts with machine learning: Uncertainties and implications for future reporting requirements. Sustainable Production and Consumption, 52, 511–526. https://doi.org/10.1016/j.spc.2024.11.005

Carbone 4. (2025). Nouveau jalon dans la transparence environnementale de l’IA générative: Analyse du Cycle de Vie d’un LLM de Mistral AI. https://www.carbone4.com/ia-generative-mission-mistral-ai

Hairong Wang. (2025). Integrating machine learning into life cycle assessment: Review and future outlook. PLOS Climate, 4(3), e0000732. https://doi.org/10.1371/journal.pclm.0000732

European Commission. (2025). Framework for an accessible environmental footprint database to simplify life cycle assessments. https://research-and-innovation.ec.europa.eu/news/all-research-and-innovation-news/framework-accessible-environmental-footprint-database-simplify-life-cycle-assessments-2025-01-31_en

GreenDelta. (2025a). The MSDB in comparison to other databases. https://www.greendelta.com/wp-content/uploads/2025/04/4-110_MSDB_in_comparison_final.pdf

GreenDelta. (2025b). An approach for validating life cycle assessment data. https://www.greendelta.com/wp-content/uploads/2025/04/120-Development-of-a-standardized-method-for-validating-life-cycle-assessment-data.pdf

Koyamparambath, A., Adibi, N., Szablewski, C., Adibi, S. A., & Sonnemann, G. (2022). Implementing artificial intelligence techniques to predict environmental impacts: Case of construction products. Sustainability, 14(6), 3699. https://doi.org/10.3390/su14063699

Zhang, C., & Lu, Y. (2021). Study on artificial intelligence: The state of the art and future prospects. Journal of Industrial Information Integration, 23, 100224. https://doi.org/10.1016/j.jii.2021.100224

Avan Kumar, Farshid Nazemi, Hariprasad Kodamana, Manojkumar Ramteke, and Bhavik R. Bakshi, (2025), A Large Language Model-based Framework to Retrieve Life Cycle Inventory and Environmental Impact Data from Scientific Literature, Environmental Science & Technology 2025 59 (42), 22533-22543 https://doi.org/10.1021/acs.est.5c05955

Nwagwu, C.C., Ogorodnyk, O., Sølvsberg, E. et al. Integrating Artificial Intelligence into Life Cycle Assessment: A Framework for Balancing Automation and Human Expertise. J. Sustain. Metall. 11, 3590–3605 (2025). https://doi.org/10.1007/s40831-025-01305-x

Souhaitez-vous accélérer vos processus ACV sans perdre en robustesse ?