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Pourquoi et comment appliquer l’ACV à l’aide humanitaire, malgré l’urgence et les contraintes terrain ? 

Perrine Sebastien et Carolina Szablewski

L’aide humanitaire sauve des vies, mais génère aussi des impacts environnementaux souvent invisibles : approvisionnement à longue distance, emballages à usage unique, déchets non gérés.  

Dans le cadre du projet européen Bio4HUMAN, une Analyse du Cycle de Vie (ACV) a été menée pour identifier les points chauds et évaluer la pertinence de l’introduction de produits biosourcés et biodégradables en RDC (République Démocratique du Congo) et au Soudan du Sud. Cet article explique en quoi l’ACV humanitaire est spécifique, quels enseignements clefs en ressortent et comment ces résultats peuvent être diffusés et acceptés sur le terrain.  

En quoi l’ACV de l’aide humanitaire de distingue-t-elle des autres secteurs ? 

Un secteur sous contraintes extrêmes 

Urgence, volumes importants, budgets limités, contextes instables : dans l’humanitaire, les enjeux environnementaux passent souvent après la réponse immédiate aux besoins vitaux. Pourtant, l’accumulation de déchets, l’incinération à ciel ouvert ou la dispersion des plastiques peuvent créer des impacts sanitaires, sociaux et environnementaux.

Approvisionnement et fin de vie : les points chauds 

L’ACV montre que deux étapes du cycle de vie concentrent l’essentiel des impacts :  

  1. L’approvisionnement des articles d’aide qui s’effectue souvent par des transports à longue distance et des chaînes logistiques complexes.  
  2. La fin de vie, souvent non maîtrisée, dépendante des capacités locales et des pratiques existantes (dispersion des déchets dans la nature ou incinération à ciel ouvert)

Contrairement à d’autres secteurs, le cycle de vie des aides humanitaires se caractérise par la diversité des acteurs impliqués mais aussi par son ancrage dans la communauté locale. Ceci rend indispensable une approche ACV du berceau à la tombe, intégrant une analyse géographique. 

Figure 1 Cycle de vie de l’aide humanitaire (fournir kits d’assistance), dans le cas du Soudan du Sud et de la RDC 

Bio4HUMAN : appliquer l’ACV à des contextes humanitaires réels 

Le projet Bio4HUMAN en quelque mots

Bio4HUMAN est un projet européen qui vise à identifier, développer et déployer des solutions biosourcées et innovantes, adaptées aux contextes humanitaires et en étroite liaison avec la réalité du terrain. Le projet est focalisé sur deux zones humanitaires en Afrique : le Soudan du Sud et la RDC. Pour cela, Bio4HUMAN adopte une approche collaborative et rassemble des organisations humanitaires, des acteurs du secteur biosourcé et des experts en économie circulaire. 

En tant que partenaire du projet, WeLOOP a réalisé l’ACV de quatre types de kits d’aide humanitaires (alimentaire, agriculture, objets non-alimentaires « NFI », et hygiène « WASH »), en comparant des articles biosourcés à leur équivalent conventionnel. 

Quels articles et quelles solutions de fin de vie ont été analysés ?

Emballages

Moustiquaires 

Serviettes hygiéniques à usage unique ou réutilisables 

Traitements de biodéchets (compost, digestion 
anaérobique, bioconversion par la mouche soldat noir) 

Résultats clefs à retenir 

Les composants biosourcés ne réduisent pas drastiquement les impacts environnementaux en phase de production.

Les solutions de fin de vie étudiées présentent des impacts environnementaux faibles ( En comparaison avec le scénario de fin de vie actuel par décharge et incinération à ciel ouvert principalement.)  

Comment faire accepter et appliquer les recommandations ?  

Sensibilisation 

Afin de transmettre nos observations et concrétiser l’étude, le consortium Bio4HUMAN a proposé une série de 3 webinaires aux acteurs de l’aide humanitaire en RDC, animés par WeLOOP. (Voir Resources – bio4human

Cette série de webinaires a pour objectif de : 

  • Traduire les résultats ACV en outil d’aide à la décision 
  • Discuter les contraintes réelles du terrain 
  • Favoriser l’appropriation des recommandations par les équipes humanitaires 

Les participants, regroupant en partie des coordinateurs nationaux et chefs de projets présents sur le terrain, ont participé avec entrain aux discussions, conscients de l’impact des perturbations environnementales sur leurs activités et vice-versa. Leurs remarques ont permis d’approfondir les observations et conclusions du projet Bio4HUMAN. 

L’enjeu clé : vulgarisation sans simplification à l’excès, et mise en application adaptée aux réalités opérationnelles ! 

Dissémination aux institutions politiques 

Pour faciliter l’intégration durable de critères environnementaux réalistes au sein du secteur humanitaire et lever les freins structurels, les institutions européennes, les bailleurs et les autorités locales ont un rôle central à jouer.  
Le dernier livrable du projet (pas encore soumis) présente une roadmap pour les acteurs politiques afin de faciliter la réplicabilité.  

Sources externes : 

  1. https://bio4human.eu/work-packages/ 
  1. https://logcluster.org/en/document/wrecklu-research-measuring-greenhouse-gas-emissions-and-waste-humanitarian-supply-chains 
  1. Report on Environmental Footprint of humanitarian assistance for DG ECHO, 2020 – Groupe URD 
  1. https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/09537287.2023.2273451#abstract 
  1. https://kth.diva-portal.org/smash/get/diva2:1470868/FULLTEXT02.pdf 
  1. https://link.springer.com/article/10.1007/s10098-024-02902-2 
  1. https://link.springer.com/article/10.1007/s11367-016-1245-z 
  1. Current Status of Municipal Solid Waste Management in Juba City, South Sudan (2020)  
  1. Official Launching of « Solid Waste Management Master Plan in Juba City 2021-2030 » (2022) 
  1. Environmental and economic performances of municipal solid waste management strategies based on LCA method: A case study of kinshasa (2023)