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Bilan carbone ou empreinte carbone : comment s’y retrouver ? 

Lorsqu’on monte un projet ou qu’on souhaite connaître l’impact de notre activité, on parle souvent de « bilan carbone » ou d’« empreinte carbone ».  Ces termes français sont souvent utilisés comme synonymes, mais leur sens varie selon le contexte. 

La différence entre ces expressions dépend du contexte, de l’objet étudié et du référentiel utilisé. « Bilan Carbone® » désigne une méthode particulière, tandis qu’« empreinte carbone » est une expression plus générale, applicable à un produit, un service, une organisation ou un territoire. 

Pourquoi la confusion est-elle si fréquente ?

Les deux approches reposent sur une même réalité

  • Elles quantifient les émissions de gaz à effet de serre (GES) ayant un impact sur le changement climatique, dont les principaux gaz et familles de gaz comptabilisés sont le dioxyde de carbone (CO₂), le méthane (CH₄), le protoxyde d’azote (N₂O), les hydrofluorocarbures (HFC), les perfluorocarbures (PFC), l’hexafluorure de soufre (SF₆) et le trifluorure d’azote (NF₃). 
  • Des résultats exprimés en kilogrammes ou en tonnes d’équivalent de CO₂ (kg CO₂eq ou t CO₂eq). 
  • Des méthodologies reposant sur des principes similaires de comptabilisation des émissions et de mesures d’impact.

Une question de vocabulaire plus que de science 

Il n’existe pas de définition universelle opposant strictement ces deux termes. Selon les contextes, la distinction peut être liée à l’objet étudié (organisation ou produit), au périmètre considéré (territorial ou de consommation) ou simplement à des habitudes de langage. En France, la diffusion de la méthode Bilan Carbone®, initialement développée par l’ADEME, a particulièrement influencé le vocabulaire. 

A quoi correspond le « Bilan Carbone® » ? 

Le terme Bilan Carbone® désigne à l’origine une méthode développée par l’ADEME au début des années 2000, aujourd’hui portée par l’Association pour la transition Bas Carbone (ABC). Cette méthodologie a été conçue pour aider les organisations à quantifier leurs émissions directes et indirectes et à construire des plans de transition bas-carbone.  

La méthode Bilan Carbone® vise à identifier et à quantifier les émissions directes et indirectes significatives associées aux activités de l’organisation, dans le périmètre retenu, afin de construire un plan de transition. Un inventaire de GES n’est donc pas nécessairement un Bilan Carbone® : cette appellation renvoie à l’application de la méthode correspondante. Les résultats sont répartis par catégories de sources d’émission, aujourd’hui souvent reclassés selon les scopes du GHG Protocol pour répondre aux attentes réglementaires et internationales. 

En effet, à l’international, le référentiel le plus utilisé pour déclarer son impact sur le changement climatique est le GHG Protocol Corporate Standard, développé par le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD). Il constitue aujourd’hui la référence mondiale pour la comptabilité carbone des organisations.  

Le GHG Protocol a ainsi popularisé la distinction entre :

émissions indirectes associées à la production de l’électricité, de la chaleur, de la vapeur et du froid achetés ou acquis et consommés par l’organisation

autres émissions indirectes associées à sa chaîne de valeur, en amont et en aval

Un autre référentiel fréquemment utilisé est la norme ISO 14064-1, qui définit aussi des exigences relatives à la quantification et au reporting des émissions de GES au niveau d’une organisation. Elle est compatible avec les principes généraux du GHG Protocol tout en adoptant une structure propre. Le GHG Protocol et l’ISO travaillent à l’élaboration d’un référentiel commun pour la comptabilité et le reporting des GES des organisations. Ce projet doit réunir le Corporate Standard, les référentiels relatifs aux scopes 2 et 3, les travaux sur les actions et instruments de marché, ainsi que l’ISO 14064-1. Selon le calendrier annoncé en juillet 2026, une consultation publique est prévue au deuxième trimestre 2027, pour une publication au quatrième trimestre 2028. 

A quoi correspond l’ « empreinte carbone» ? 

Lorsqu’on parle d’empreinte carbone, le terme est très souvent associé à un produit ou à un service, plutôt qu’à une organisation. L’objectif est alors d’évaluer les émissions de GES générées tout au long du cycle de vie du système étudié, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie du produit.  

Cette approche repose sur les principes de l‘Analyse du Cycle de Vie (ACV) définis par les normes ISO 14040 et ISO 14044. Contrairement à une ACV complète qui évalue plusieurs indicateurs d’impact environnementaux, l’empreinte carbone ne s’intéresse qu’à une seule catégorie d’impact : le changement climatique.  

La norme internationale de référence est ISO 14067, qui définit les exigences et lignes directrices pour la quantification de l’empreinte carbone des produits. Cette norme permet de réaliser des études complètes (« cradle-to-grave ») ou partielles (« cradle-to-gate »), selon les objectifs de l’étude. 

Dans l’écosystème du GHG Protocol, un autre référentiel est le GHG Protocol Product Standard, utilisé pour calculer les émissions associées à un produit sur l’ensemble de son cycle de vie.  

À quoi correspond le bilan ou l’empreinte carbone d’un territoire ? 

Dans le cas des territoires ou des États, la distinction entre bilan carbone et empreinte carbone renvoie souvent à une autre réalité. L’inventaire territorial ou bilan carbone d’un territoire comptabilise les émissions produites physiquement sur le territoire considéré : industrie, transports, agriculture, bâtiments, etc.  

L’empreinte carbone de consommation, ou empreinte carbone d’un territoire, cherche quant à elle à attribuer les émissions à la consommation finale des habitants. Elle ajoute les émissions associées aux produits importés et retire celles associées aux produits exportés.  Cette distinction est couramment utilisée dans les travaux de l’ADEME, des organismes statistiques et des institutions publiques. Elle ne doit pas être confondue avec la distinction organisation/produit présentée précédemment. 

Comment ces notions sont-elles exprimées en anglais ? 

L’une des principales sources de confusion tient au fait que la distinction entre « bilan carbone » et « empreinte carbone » est essentiellement française. Dans la littérature anglophone, le terme générique le plus utilisé est « carbon footprint ». Celui-ci peut désigner aussi bien les émissions d’une entreprise que celles d’un produit ou d’un service.  

On rencontre ainsi des expressions telles que : « Corporate Carbon Footprint », « Organizational Carbon Footprint », « Product Carbon Footprint », ou « Carbon Footprint Assessment ». Il n’existe pas de traduction unique de l’expression « bilan carbone ». Selon le contexte, on utilisera « GHG inventory », « corporate carbon footprint » ou « organizational carbon footprint ». Lorsqu’il s’agit précisément de la méthode Bilan Carbone®, son nom peut être conservé et expliqué.  

Comment s’y retrouver dans la littérature internationale ? 

Pour retrouver les bonnes références méthodologiques, il est souvent plus utile de raisonner par objet d’étude que par terminologie française. 

Français Anglais le plus courant
Produit
Empreinte Carbone d’un produit Product Carbon Footprint (PCF)
Empreinte Environnementale d’un produit Product Environmental Footprint (PEF)
Analyse de cycle de vie (ACV) Life Cycle Assessment (LCA)
Principaux référentiels : ISO 14067 ; ISO 14040 ; ISO 14044 ; GHG Protocol Product Standard ; Product Environmental Footprint (PEF – méthode européenne)
Organisations
Bilan carbone d’entreprise Corporate carbon footprint / GHG inventory
Bilan GES GHG inventory
Analyse de cycle de vie Organisationnelle (ACV-O) Organizational Life Cycle Assessment (O-LCA)
Principaux référentiels : GHG Protocol Corporate Standard ; ISO 14064-1 ; Bilan Carbone® (FR) ; Organisation Environmental Footprint (OEF – méthode européenne), ISO 14072:2024
Territoire
Bilan / Empreinte carbone territoriale Territorial carbon footprint
Empreinte carbone de consommation Consumption-based Carbon Footprint

Au-delà du carbone : pourquoi considérer l’ensemble des impacts environnementaux ? 

Le bilan carbone et l’empreinte carbone se concentrent sur un seul indicateur : les émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, le changement climatique n’est qu’un des nombreux enjeux environnementaux qu’une activité, une organisation, un produit ou un service peut engendrer. 

Pour les produits comme pour les organisations, les approches d’ACV permettent d’élargir l’analyse à d’autres indicateurs tels que la consommation de ressources, l’utilisation de l’eau, l’acidification des milieux, l’eutrophisation ou encore les impacts sur les écosystèmes. Dans le cas des produits, par exemple, la norme ISO 14067 relative à l’empreinte carbone est d’ailleurs directement fondée sur les principes de l’ACV définis par les normes ISO 14040 et ISO 14044. Pour aller au-delà du seul indicateur climatique, les organisations peuvent également recourir à l’Analyse du Cycle de Vie organisationnelle (ACV-O). 

Cette approche multicritère est particulièrement utile pour éviter les transferts d’impact. Une décision visant à réduire les émissions de GES peut en effet entraîner une augmentation d’autres impacts environnementaux, par exemple sur les ressources naturelles, l’émission de particules fines ou la consommation d’eau. 

Par ailleurs, lorsqu’un inventaire complet des flux a déjà été réalisé pour calculer une empreinte carbone ou un bilan carbone, l’effort supplémentaire nécessaire pour obtenir une vision multicritère est souvent limité. Dans de nombreux cas, la collecte des données représente la majeure partie du travail, tandis que le calcul des indicateurs complémentaires est directement effectué par les outils et méthodes ACV. Une ACV permet ainsi de compléter l’analyse carbone et de sécuriser les décisions environnementales en adoptant une vision plus globale des impacts. 

Que faut-il retenir de cette distinction ?

En pratique, le terme « bilan carbone » est aujourd’hui principalement associé à l’évaluation des émissions d’une organisation selon des référentiels tels que le Bilan Carbone®, le GHG Protocol ou l’ISO 14064-1. 

Le terme « empreinte carbone » est davantage utilisé pour les produits et les services, notamment dans le cadre des normes ISO 14067, ISO 14040/14044 ou du GHG Protocol Product Standard. 

Toutefois, cette distinction reste largement liée à la langue française. Dans la littérature internationale, le terme « carbon footprint » est généralement utilisé dans les deux cas. Pour éviter toute ambiguïté, le plus important n’est donc pas le terme employé, mais de préciser le périmètre étudié et la méthodologie utilisée. 

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