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Le travail préparatoire autour de la révision de l’EN 15804 : construire un consensus pour les EPD de demain

L’EN 15804 constitue aujourd’hui le socle méthodologique des Déclarations Environnementales de Produits (EPD) dans le secteur de la construction. Elle permet de garantir une approche harmonisée pour l’évaluation et la communication des performances environnementales des produits de construction à travers l’Europe.

Face à l’évolution rapide du cadre réglementaire européen, au développement de l’économie circulaire et aux nouvelles attentes du marché en matière de durabilité, un travail préparatoire important de la norme est actuellement en cours. Ceci ne vise pas simplement à mettre à jour quelques exigences techniques ; elle cherche à adapter l’ensemble du cadre méthodologique aux enjeux qui façonneront le secteur de la construction dans les prochaines décennies.

Un point de convergence entre plusieurs initiatives européennes

Pour comprendre le travail préparatoire de la révision de l’EN 15804, il faut d’abord comprendre qu’elle ne se déroule pas dans un environnement isolé.

Aujourd’hui, plusieurs initiatives européennes avancent simultanément sur les questions d’évaluation environnementale des produits de construction. D’un côté, le nouveau Construction Products Regulation (CPR) redéfinit les exigences réglementaires applicables aux produits de construction. En parallèle, les travaux autour du Product Environmental Footprint (PEF) poursuivent leur développement afin d’harmoniser les méthodes d’évaluation environnementale à l’échelle européenne. D’autres initiatives concernent les normes d’évaluation des bâtiments, les infrastructures, les futures bases de données environnementales européennes, les exigences des organismes notifiés ou encore les règles sectorielles de catégories de produits (c-PCR).

Adapté de CEN 350 WG3

L’EN 15804 se trouve aujourd’hui au croisement de tous ces travaux. Chaque initiative possède ses propres objectifs, son vocabulaire et parfois même ses propres approches méthodologiques. L’un des grands défis du travail préparatoire consiste donc à rapprocher ces différents univers afin de construire un cadre cohérent pour les EPD de demain.

Cette situation explique pourquoi certains sujets avancent progressivement et nécessitent des discussions approfondies. Au-delà du travail préparatoire d’une norme, il s’agit en réalité d’un travail de convergence entre plusieurs cadres techniques et réglementaires qui évolueront encore au cours des prochaines années.

L’objectif final est de parvenir à une meilleure harmonisation entre les différents référentiels européens afin que les fabricants, les utilisateurs d’EPD, les organismes de vérification et les autorités publiques puissent s’appuyer sur des règles cohérentes et largement reconnues.

Un travail préparatoire de la révision structurée autour de plusieurs thématiques clés

Le travail préparatoire de révision s’appuie sur plusieurs groupes de travail spécialisés, chacun chargé d’examiner un domaine particulier de la norme. Cette organisation reflète la diversité des sujets concernés et la nécessité de faire converger des visions parfois différentes au sein de la communauté européenne des EPD.

Les travaux portent notamment sur :

  • l’harmonisation des définitions ;
  • les scénarios de fin de vie ;
  • la durée de vie de référence des produits ;
  • les matériaux secondaires et l’économie circulaire ;
  • les indicateurs environnementaux complémentaires ;
  • la qualité des données ;
  • la documentation, la vérification et la digitalisation des EPD.

L’objectif est de garantir que les futures EPD restent comparables, robustes et adaptées aux nouveaux besoins du marché.

Adapté de CEN 350 WG3

L’économie circulaire au centre des réflexions

L’un des principaux moteurs de ce travail préparatoire est la volonté de mieux intégrer les principes de l’économie circulaire.

Aujourd’hui, les EPD permettent déjà d’évaluer les impacts environnementaux d’un produit tout au long de son cycle de vie. Toutefois, les acteurs du secteur souhaitent également mieux comprendre comment un produit contribue à la préservation des ressources, à la réutilisation des matériaux et à la réduction des déchets.

Les discussions actuelles s’intéressent donc à la manière de représenter plus fidèlement les flux de matières secondaires, le recyclage, le réemploi et la conservation de la valeur des matériaux au fil du temps.

Cette évolution est essentielle car la circularité devient progressivement un critère aussi important que les impacts environnementaux traditionnels.

Repenser les scénarios de fin de vie

Les scénarios de fin de vie constituent l’un des sujets les plus complexes du travail préparatoire.

Les méthodes actuelles permettent de modéliser différentes options telles que le recyclage, la valorisation énergétique ou l’élimination des déchets. Cependant, plusieurs analyses ont montré que certaines approches peuvent conduire à des incohérences lorsque l’on compare différents scénarios théoriques.

Les travaux en cours cherchent à améliorer la cohérence méthodologique afin que les résultats obtenus reflètent de manière plus fidèle les bénéfices et les charges associés aux différentes options de fin de vie.

Au-delà des aspects techniques, ces discussions soulèvent une question plus large : comment valoriser correctement les bénéfices de l’économie circulaire dans les EPD sans compromettre leur comparabilité ?

Mieux prendre en compte la durée de vie des produits

La durée de vie des produits est un autre sujet majeur du travail préparatoire.

Dans une perspective de durabilité, un produit conçu pour durer longtemps peut présenter des avantages significatifs par rapport à un produit nécessitant des remplacements fréquents. Pourtant, la manière dont cette durée de vie est actuellement prise en compte reste parfois hétérogène selon les familles de produits.

Les travaux visent donc à définir des règles plus harmonisées permettant de relier les performances de durabilité des produits aux évaluations environnementales. Cette évolution devrait également améliorer la cohérence entre les évaluations réalisées au niveau du produit et celles réalisées au niveau du bâtiment.

Harmoniser les définitions à l’échelle européenne

Le travail préparatoire de révision met également en évidence un besoin important d’harmonisation terminologique.

Au fil des années, plusieurs normes européennes ont introduit des concepts similaires mais parfois définis différemment. Des notions telles que les matériaux secondaires, la circularité, le cycle de vie ou encore la fin du statut de déchet ne sont pas toujours décrites de manière identique selon les documents de référence.

L’un des objectifs du travail préparatoire est donc de construire un langage commun permettant d’assurer une meilleure cohérence entre les différentes normes européennes liées à la durabilité de la construction.

Cette harmonisation constitue une étape essentielle pour faciliter l’interprétation des EPD et renforcer leur crédibilité auprès des utilisateurs.

Vers de nouveaux indicateurs sur l’utilisation des ressources

Les discussions portent également sur l’opportunité d’introduire de nouveaux indicateurs afin de mieux représenter l’utilisation des ressources naturelles.

Les indicateurs actuels décrivent efficacement les impacts environnementaux tels que le changement climatique ou la consommation d’énergie. En revanche, plusieurs acteurs estiment qu’ils ne permettent pas toujours de visualiser clairement les quantités de matières premières mobilisées tout au long du cycle de vie.

Dans ce contexte, des réflexions sont engagées sur la possibilité d’ajouter des indicateurs complémentaires dédiés aux flux de matières et à l’efficacité des ressources. Une telle évolution renforcerait la capacité des EPD à répondre aux objectifs européens de préservation des ressources et de circularité.

Un impact majeur pour les programmes opérateurs EPD

Au-delà des évolutions méthodologiques, le future travail préparatoire de l’EN 15804 aura également des conséquences importantes pour l’ensemble des programmes opérateurs d’EPD en Europe, tels qu’INIES, IBU, EPD Norge, EPD Italy, B-EPD ou encore International EPD System. Historiquement, chaque travail préparatoire majeure de l’EN 15804 a nécessité une adaptation des règles de programme, des procédures de vérification, des formats de déclaration et parfois même des plateformes numériques utilisées pour la publication des EPD.

La transition de l’EN 15804+A1 vers l’EN 15804+A2 en est un exemple marquant : elle a entraîné l’introduction de nouveaux indicateurs environnementaux, la mise à jour de milliers d’EPD existantes, l’évolution des outils ACV et une période de coexistence entre anciennes et nouvelles déclarations qui a duré plusieurs années.

Le futur prépapratoire pourrait avoir un impact comparable, voire plus important, compte tenu des sujets actuellement discutés : économie circulaire, matériaux secondaires, nouveaux indicateurs de ressources, qualité des données, digitalisation et évolution potentielle des règles relatives au Module D. Les programmes opérateurs suivent donc de près ces travaux, car les choix méthodologiques qui seront retenus influenceront directement les futures exigences applicables aux fabricants, aux vérificateurs et aux utilisateurs d’EPD à travers toute l’Europe.

Un processus qui nécessitera encore plusieurs années

Afin d’éviter toute ambiguïté, il convient de préciser que la norme EN 15804 n’est actuellement pas en cours de révision. Il a en effet été décidé, l’année dernière, de ne pas engager de révision à ce stade, afin de garantir une stabilité réglementaire et méthodologique à l’ensemble des acteurs du secteur.

Le CEN/TC 350 a néanmoins engagé des travaux préparatoires afin d’anticiper la future demande de normalisation de la Commission européenne, attendue pour la fin de l’année 2027. Ces travaux visent à préparer les futures discussions et à identifier les principaux sujets qui devront être traités lorsque le mandat sera officiellement lancé.

Les questions liées à la circularité, aux matériaux secondaires, aux scénarios de fin de vie, à la durée de vie des produits ou encore aux nouveaux indicateurs sont étroitement liées et nécessitent un important travail de coordination. Dans de nombreux cas, les discussions portent encore sur des sujets qui ne font pas l’objet d’un consensus au niveau européen.

Dans ce contexte, aucune nouvelle version de l’EN 15804 n’est attendue avant 2029-2030. Les travaux préparatoires engagés d’ici là devraient permettre de rapprocher les différentes positions, de clarifier certains concepts clés et de consolider le cadre méthodologique nécessaire pour accompagner la transition du secteur de la construction vers une économie plus circulaire, plus transparente et plus durable.

L’enjeu est de préserver le rôle de référence de l’EN 15804 pour l’évaluation environnementale des produits de construction tout en répondant aux défis émergents de la prochaine décennie.

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